• Et si on comparait les vrais chiffres ?

    J’écris ce texte le Jeudi 30 Mai 2013, car, hier, je suppose comme beaucoup de Français, j’ai eu envie de flanquer des baffes à José Manuel Barroso dictant à la France ce qu’il fallait qu’elle fasse (et dire que c’est un ancien maoïste ! les pires…).
    La Commission de Bruxelles s’acharne à nous prescrire des méthodes (néo/ultra)libérales, alors que partout où elles sont mises en œuvre c’est la catastrophe.
    Après m’être légèrement calmé, j’ai décidé de comparer les chiffres réels de deux pays, a priori assez semblables, dont on nous désigne l’un comme modèle (l’Allemagne) et dont l’autre est le notre (la France).
    La plupart des chiffres que je vais citer viennent d’organismes comme l’O.C.D.E. qu’on peut difficilement suspecter de « gauchisme extrême ».

    Je vais commencer par une analyse démographique (les statistiques complètes disponibles s’arrêtent à 2010, mais les statistiques partielles disponibles depuis confirment et même aggravent les tendances dont je vais parler).

    Regardons d’abord les populations totales :
    en 2004, l’Allemagne comptait 82,5 millions d’habitants, la France 60,7,
    en 2010, l’Allemagne en était à 81,8 et la France à 63.

    Dans un cas une baisse de 0,8%, dans l’autre une hausse de 3,8%.

    Et cela malgré un solde migratoire plus fort en Allemagne qu’en France :
    en 2010, 16,4% de la population Allemande était née à l’étranger et 9% était étrangère,
    cette même année, les chiffres pour la France sont de 12,6% et 5,9%.

    Il y a plus grave : l’âge des habitants.

    Toujours en 2010, les moins de 15 ans représentaient 13,4% de la population allemande contre 18,4% de la population française.
    Et si on compare les plus de 65 ans, en Allemagne 20,6% et en France 16,9%.

    Donc, si un pays doit s’inquiéter de son régime de retraite, ce n’est pas la France c’est l’Allemagne, même si l’espérance de vie française est meilleure (81,3 ans) que l’allemande (80,5 ans).
    D’autant que si on se projette dans un avenir pas trop éloigné (disons à l’horizon 2040-2050), la France sera plus peuplée que l’Allemagne et, surtout, aura une « pyramide des âges » dont la base sera nettement plus large.
    Ceci suppose, bien entendu, qu’on ne casse pas la machine France ou qu’on ne réforme pas sérieusement la machine Allemagne.

    J’en viens maintenant à des données plus strictement économiques.

    Pensons d’abord au temps de travail. Ce n’est pas simple : les législations du travail sont tellement différentes d’un pays à l’autre que les comparaisons sont aventureuses. Prenons un exemple : la durée légale des congés payés. En Allemagne ce serait de 24 ou 29 jours par an selon les sources, y compris les samedis, en France ce serait de 36 jours. Mais la plus grande flexibilité des contrats de travail en Allemagne rend illusoire cette comparaison. En réalité, les Allemands comme les Français peuvent avoir entre 4 et 6 semaines de congés payés par an.

    Je vais donc essayer de comparer d’autres chiffres (non sans difficultés là aussi).
    Prenons d’abord le nombre des personnes en âge de travailler dans les deux pays (frontière basse un peu arbitraire : 15 ans ? 20 ans ? j’ai choisi de 15 à 65 ans par commodité) :
    Allemagne = 54 millions d’individus, France = 40,8 millions d’individus (chiffres 2010).

    Arrêtons-nous un instant sur cette différence : elle n’est pas seulement due à la différence de population totale, elle est due au nombre nettement plus important de « jeunes » en France qu’en Allemagne, ce que ne compense pas le nombre plus faible de « vieux ».
    Donc la population potentiellement active est dans un rapport d’environ 1,3 entre les deux pays.

    Si on tient compte maintenant de la durée réellement ouvrable (travaillable), on arrive aux chiffres étonnants suivants :
    Allemagne environ 103 500 Mh/an, France environ 67 100 Mh/an.
    On est passé à un rapport de 1,5 entre les deux.

    Mais prenons les heures réellement ouvrées (travaillées), là l’étau se resserre :
    par habitant, selon l’OCDE, on est à en Allemagne : 1408 h/an/travailleur , en France : 1478.
    Hé oui, un Français travaille plus qu’un Allemand ! (et ne parlons pas des Grecs : plus de 2000 h). (Remarque : d’autres sources donnent des chiffres différents, mais dans tous les cas les nombres des deux côtés du Rhin restent voisins).

    Mais ça nous fait combien d’heures réellement ouvrées dans chacun des pays ?
    Si je ne me suis pas trompé dans mes calculs, on obtient en Allemagne 70 600 Mh et en France 54 800 Mh. On est revenu à un  rapport de 1,3. Mais l’essentiel n’est pas là :

    Si l’on rapporte ces deux nombres aux nombres d’heures ouvrables, on arrive à ce résultat :
    taux de non-emploi (volontaire ou involontaire) en Allemagne = 32%,
    taux de non-emploi (volontaire ou involontaire) en France = 18,3%.

    Ces deux chiffres me semblent nettement plus significatifs que ceux des taux de chômage qui, en réalité, mesurent le nombre de demandeurs d’emploi. (Et encore pas tous).

    J’ai parlé de non-emploi volontaire ou involontaire, mais ce n’est pas si simple. D’où vient cette différence non négligeable, de deux choses : d’abord le travail des femmes, ensuite le temps partiel (les deux n’étant pas incompatibles loin de là). Et nous sommes là face à un phénomène à la fois sociologique, économique et politique.
    En France, une femme qui vient d’avoir un enfant peut assez facilement, après des congés parentaux généreux, retrouver son travail. En Allemagne, non, pire c’est mal vu. C’est difficile car les infrastructures (nounous et crèches) sont moins présentes et plus chères, c’est mal considéré : une femme doit rester à élever son enfant.
    Le temps partiel est plus répandu (21,7%) en Allemagne qu’en France (13,6%), notons qu’en plus la durée en heures hebdomadaires y est plus courte.
    J’ai dit que les deux phénomènes n’étaient pas incompatibles : en 2011, en Allemagne un peu plus de 45% des femmes sont à temps partiel, contre à peine 30% en France.

    Mais, me dira-t-on, il est pourtant indéniable que l’Allemagne à une meilleure balance commerciale que la France.
    Mouais. Je n’ai plus guère le temps de développer cet aspect ce soir (ce sera peut-être pour un prochain article), mais je vous invite à enquêter sur les lieux et les coûts de productions disons de deux voitures comparables, l’une allemande, l’autre française, et vous comprendrez.

    En résumé, pour financer la politique qui permet à la France de se maintenir et même de progresser d’un point de vue démographique (gage d’avenir), il est plus difficile à une entreprise française de délocaliser sa production. Elle le fait quand même ne nous abusons pas, mais moins que l’entreprise correspondante allemande.

    Par ailleurs, pour des raisons de prestige acquis essentiellement, la voiture allemande va se vendre dans tous les pays européens en plus grande quantité que la voiture française.

    On est donc face à une Allemagne qui ne survit que grâce à une double perfusion venant du reste de l’Europe :
    - la première perfusion c’est l’exploitation des pays à bas coût de main d’œuvre (ce n’est pas, je le répète, une spécificité allemande, juste une question d’intensité de la chose),
    - la seconde perfusion c’est le flux commercial en provenance des autres pays européens qui achètent les produits allemands.

    La meilleure balance commerciale allemande c’est cela. D’ailleurs nous assistons ces temps-ci à la remise en cause de la chose : les autres pays européens, crise et austérité obligent, achètent moins à l’Allemagne, et la balance se met à pencher du mauvais côté.

     


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  • Commentaires

    1
    Alice L-P Profil de Alice L-P
    Jeudi 30 Mai 2013 à 18:40

    Très intéressant, j'avoue que les chiffres m'ont un peu heu ... fait mal à la tête, mais ça fait du bien de remettre les pendules à l'heure.

    Je ne sais pas si tu sais, mais en Allemagne, dans certaines filières (l'élevage par exemple), le salaire minimum n'est pas le même suivant que le salarié est allemand ou étranger ... Je te laisse deviner lequel des deux est moins payé que l'autre ... 

    2
    Julie Pietri Profil de Julie Pietri
    Jeudi 30 Mai 2013 à 19:21

    Si je te dis que je me suis arrêtée à % , tu m'en voudras ??? 

    3
    Jeudi 30 Mai 2013 à 19:54

    @ Alice et Bicar

    Je comprends votre mal de tête, mais, de temps en temps, il faut remettre les pendules à l'heure.
    On nous assène à longueur de Journal Télévisé un catéchisme gravement faux.
    J'ai eu envie de corriger en partie.

    Le pire c'est que, moi-même, dans la version initiale de l'article, j'avais fait des erreurs de calcul !! Un copain me les a signalées.

    Sauf erreur (rémanentes), c'est corrigé.

     

    4
    Alice L-P Profil de Alice L-P
    Jeudi 30 Mai 2013 à 20:02

    @ Léoned
    Oh, tu sais à 1% près, je ne pense pas que cela change quelque chose au fond du problème.
    @ Bicar
    Faut pas prendre du 500 faut prendre du 1000 c'est pour ça ... pfffffffffffff

    5
    Julie Pietri Profil de Julie Pietri
    Jeudi 30 Mai 2013 à 20:48

    @Alice4 : Non mais j'ai pris la boîte, tu penses ! tu vois bien qu'elle est vide !

    6
    Vendredi 31 Mai 2013 à 09:27

    On en entend des"choses"!!En Belgique aussi...C'est vrai que ça augmente l'usage des aspirines!!Bonne journée,Jean-Pierre

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