• Laurence (suite) ou Marie plutôt.

    J’écris ce texte le Mardi 27 Août 2013, mais, si vous voulez bien comprendre le contexte, il vaut mieux lire avant cet autre article que j’ai écrit il y a plus de 2 ans : Laurence.

    Hier après-midi, je suis allé au cabinet médical à 100 m de chez moi : fallait que je prenne des rendez-vous, c’est la fin des vacances et les examens et prescriptions recommencent. En arrivant, au lieu d’une des secrétaires dont j’ai l’habitude, il y avait une jeune fille que je ne connaissais pas. J’ai donc demandé un premier rendez-vous et, bien sûr, elle m’a demandé mon nom, mais en fait elle n’en avait pas besoin : elle, elle m’avait reconnu.

    Je lui donne mon nom et mon prénom et elle répond :
    « Oui, vous étiez mon prof au collège NNN. »

    Elle redresse un peu la tête, je la regarde et je dis :
    « C’est quoi ton nom ? ».

    Deux remarques avant de continuer :
    - Ça m’arrive constamment ce genre de trucs. Que voulez-vous ? avoir exercé le métier de prof pendant plus de trente ans dans la même ville, ça veut dire que plus de 3000 élèves me sont passés entre les mains. Eux ils ont changé, z’étaient mômes à l’époque, moi moins, même si, alors eux ils me reconnaissent. Tiens cet après-midi encore, je vais acheter des clopes chez un buraliste du quartier, soudain j’entends dans mon dos : « Bah, un prof de maths ça doit savoir faire ce calcul… », je me retourne et je vois Franck dont je sais qu’il habite désormais pas loin de chez moi. Après une poignée de mains et un sourire réciproque, bien entendu les papotages s’ensuivent, y compris avec la buraliste et une autre cliente. J’ai du mal à sortir dans ma ville sans croiser un ou plusieurs ancien(ne)s élèves : c’est agréable, parce que c’est toujours sympa comme rencontre.
    - Vous avez remarqué ? Je suis tout de suite passé au tutoiement. Avant la « secrétaire » je l’avais vouvoyée, mais l’ancienne élève, automatique, je l’ai tutoyée.

    Je reviens à hier, elle me répond :
    « XXX »
    Je la regarde attentivement et
    « Ah oui ! (une pause) Marie… Oui, maintenant je te reconnais. »

    Et je ne mentais pas, je la reconnaissais. Mais j’avais le souvenir d’une adorable gamine de 12 ans et j’avais devant moi une magnifique jeune fille de 20 ans et quelques. Bon j’ai passé l’âge, mais si j’avais trente ans de moins, j’en tomberais amoureux sans problème. Alors bien sûr j’ai causé. D’abord des banalités, mais pas que :

    « Qu’est-ce que tu deviens ?
    - …
    - T’as pas tellement changé, par contre Nadia je ne l’avais pas reconnue. Au fait qu’est-ce qu’elle devient Nadia ?
    - Ben, elle a encore changé (je n’en saurai pas plus).
    - … »

    Puis, tout à mon ravissement de l’avoir retrouvée, je demande :
    « Et tu es là pour de bon ? »
    Elle me fait alors un triste sourire et dit :
    « Oh non ! C’était juste un remplacement d’été et ça s’arrête ce soir. »

    Egoïstement, ma première réaction a été : zut ! je ne vais pas la revoir. Y’avait un autre patient qui attendait, moi je serais bien resté une heure à causer avec elle, mais je n’ai pas osé, me suis même excusé auprès du suivant pendant que je racontais brièvement ce qui m’était arrivé ces dernières années. Elle ce qu’elle regrettait c’était que sa sœur, maintenant au collège NNN, ne m’aurait pas comme prof. Enfin vous voyez quoi, tout de suite le contact et l’intime. Même si je n’ai pas évoqué Laurence.

    Donc j’ai abrégé et sur un « Au revoir, et bon courage (pour trouver un autre boulot) », je suis parti.

    En sortant du cabinet médical, j’avais à passer à ma boulangerie, 100 m plus loin. J’étais sur un petit nuage. Heureux, à un point incroyable, d’avoir vu, revu, cette gamine. Bien vrai que j’avais tout le reste dans la tête : Laurence-Nadia-Marie, mais c’était tellement loin.
    C’est plus tard, plus d’une heure après être rentré chez moi, que j’ai commencé à déprimer. À cause des derniers mots que j’ai rapportés : « Ça s’arrête ce soir. ».

    Parce que depuis je me l’imagine, se rongeant les sangs en se disant : « Quand aurai-je un nouveau boulot ? » Je la suppose retournée chez Nadia, j’en sais rien en fait, mais peu importe, y’a une chose qui est sûre c’est qu’aujourd’hui elle n’a pas de boulot.
    Et ça me ronge moi aussi.
    Pas pu m’empêcher d’en parler ce matin sur le blog de Magitte, et, comme ça ne suffisait pas, je vous en parle maintenant.

    Z’ont pas la vie facile les mômes de maintenant.

     


  • Commentaires

    1
    Mardi 27 Août 2013 à 20:12

    Content de te relire (et pour autre chose que la rubrique nécrologie).

    Tu décris bien ce qui peut se passer dans la tête d'un enseignant qui s'implique. Et on ressent clairement le goût de "j'aimerais savoir la suite, mais je ne veux/peux pas être indiscret". 

    J'aime bien cet écrit qui ne laisse pas indifférent. J'espère que tu auras des nouvelles (bonnes si possible) de Marie.

    A+

    2
    Mardi 27 Août 2013 à 20:39

    Puree de purée!! Pas moyen d'enlever ce qui est marqué dans la case Site Web!! Mais qu'est ce que c'est que ce binz?? 

    Bon...J'ai relu l'article concernant Laurence et puis celui là évidemment. Tu ne peux pas savoir où elle habite Marie?

    En tout cas tu es un prof comme il n'y en a pas beaucoup, tu le restes, quelque part, même en retraite et c'est très émouvant.

    3
    Mercredi 28 Août 2013 à 09:21

    Bon retour...Moi aussi,j'ai été absent presqu'un mois,et pas pour des vacances!A bientôt,Jean-Pierre.

    4
    Mercredi 28 Août 2013 à 13:06

    J'aurais pas du, j'ai pas écouté la consigne, j'ai lu ce billet en premier (tu sais pourquoi...) !

    On pense souvent qu'on passe à côté des gens sans forcément laisser d'empreinte. On croit parfois que peu importe ... on ne compte pas ... On imagine que les mots ou les rencontres ou situations sont sans conséquence ni importance. Tu démontres que certaines personnes ont du coeur et savent s'intéresser aux autres. Tu fais couler mes yeux tiens ! D'abord parce que je suis triste que tu sois triste. Ensuite parce que je ramène les choses à moi et je me dis : tiens, bin finalement, y'a peut-être des gens qui m'apprécient un peu moi aussi sur cette terre hostile. Mais doit pas y avoir beaucoup de profs, je les ai trop fait chier à poser les questions qu'ils n'aimaient pas entendre.

    Tu rverras Marie et tu auras des nouvelles, j'en suis certaine. J'espère fortement qu'elles seront bonnes. J'y crois.

    5
    Mercredi 28 Août 2013 à 19:55

    j'aime bien ces souvenirs que tu évoques, bisous et on se retrouve en octobre je file en vacances

    6
    Mercredi 28 Août 2013 à 20:14

    Tu connais les chemins de vie Léo ??? Celui-ci à l'air d'être fort, alors patiente, soit ouvert (je sais, tu l'es) et tu la rencontreras à nouveau. Probablement quand tu t'y attendras le moins.

    Sur l'autre billet, j'ai pas pu commenter ... mais Jésus, ça m'a bien faire rire, même si ... l'art et la manière de faire passer les gens des larmes au rire ! 

    7
    Jeudi 29 Août 2013 à 10:47

    Dix mille trucs à dire, mais vois-tu ... c'est veille d'une rentrée que je sais "pourrie", douloureuse, besoin de me protéger, de ne pas trop réfléchir, de surtout sourire en pensant juste aux gamins et au théâtre de la salle de classe ; attention, il y a pleins de sourires dans ton texte,déjà soulignés par les autres commentateurs, je ne dis pas le contraire!  :)  Je les ai pris, et t'en envoie un tout spécial à toi, prof!

    8
    Dimanche 1er Septembre 2013 à 23:25

    T'es mort ?

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