• Musique et vidéo.

    Récemment dans un de mes articles de la rubrique « J’écoute »[1] un lecteur a réagi avec une phrase assez péremptoire : « La musique n’a jamais eu besoin de la vidéo. ». Je ne lui ai répondu que par une pirouette, en bottant en touche en quelque sorte, et en le renvoyant à l’opinion d’une autre lectrice qui m’avait dit, quelques jours auparavant, qu’elle fuyait l’opéra en mp3. Non pas à cause de la qualité technique du mp3, mais parce qu’il lui manquait le spectacle : jeux des acteurs, scène, mise en scène, décors, etc. J’approuve et je ne suis pas le seul : Nathalie Dessay (ce qui n’est pas rien) estime elle carrément que l’opéra n’a de sens qu’ « en direct » ! Sans être aussi absolutiste qu’elle (ne serait-ce qu’à cause du prix des spectacles), je suis d’accord : voir « en vrai » La Bohème ou La Traviata, par exemple, c’est tout autre chose  que de seulement les écouter ! Et si je dis ça, c’est parce que je l’ai expérimenté. Ceci étant un bon DVD ou un bon film sont un succédané que je trouve acceptable.

    Mais je voudrais étendre le propos : toute musique (même non lyrique) est avant tout spectacle. Et si spectacle vient du grec et vidéo (lointainement) du latin, dans les deux cas il s’agit de « voir », « regarder ». Et cela est vrai depuis la plus haute antiquité. Depuis (au moins) la préhistoire où on se réunissait autour du feu pour chanter, jouer et danser. Si on se rapproche dans le temps (antiquité gréco-romaine par exemple), on constate la même chose : la musique est une distraction où les joueurs (et parfois les danseurs) se montrent soit à un public choisi (festins de nobles) soit au « grand public » au théâtre. Encore plus près de nous, les troubadours et trouvères allaient de manoirs en manoirs proposer leurs prestations et de nombreux musiciens donnaient « en public » des représentations en échange de quelques sous et parfois de quelques horions de la part des membres du guet, car on assimilait cela à de la mendicité (en partie sous l’influence d’une partie de l’Église qui voyait dans tout spectacle une œuvre diabolique, et ne parlons pas des Puritains ! Et pourtant au départ, la musique et le théâtre sont des œuvres religieuses, mais païennes.).

    À l’époque (disons) classique pour simplifier, naît l’orchestre soit de grande taille (dans des salles spécialisées), soit de chambre (pour les « happy few »). Et on est à nouveau dans le spectacle ! Il est bien connu, par exemple, que « La flûte enchantées » de Mozart était un opéra populaire plein d’effets spéciaux (voir, malgré ses erreurs historiques, le film Amadeus qui donne une bonne image de la chose). L’époque romantique ne fera qu’amplifier le phénomène et on allait fréquemment le Dimanche après-midi écouter telle ou telle œuvre (gratuitement) donnée dans le kiosque d’un parc.

    À la fin du XIXe siècle il y a eu un problème : on a inventé indépendamment le disque et le cinéma. À noter malgré tout que, dès ses tous débuts, le film est accompagné de musique (que ce soit en salle ou dans les foires) ! Mais dès qu’on invente le « cinéma sonore », la première œuvre qui sort est « Le chanteur de jazz » (1927) et dès lors ça n’arrêtera pas !

    Je prends un exemple[2] : voir Bilie Holiday chanter en vrai accompagnée des musiciens aussi prestigieux que Ben Webster, Lester Young, Vic Dickenson, Gerry Mulligan, Coleman Hawkins, Roy Eldridge, etc. décuple, ou même centuple, le seul plaisir de sa voix merveilleuse !

    En bref et pour résumer : vive les concerts. Le CD et même le DVD ou la vidéo n’en sont que des succédanés, comme j’ai déjà dit.

     


    [1] Voir De quoi s'agit-il dans cette rubrique ?          

    [2] Voir Fine and mellow.          


  • Commentaires

    1
    Jeudi 4 Octobre 2012 à 22:45

    Voir en vrai, c'est vrai que c'est l'idéal mais il y a des artistes que j'aime et qui sont décédés avant que je les connaisse alors la vidéo, c'est mieux que rien... Et puis la musique n'a jamais eu besoin de la vidéo mais elle a aussi vécu des millénaires sans matériel hi-fi, sans CD, sans vinyls et sans électricté même... A bientôt

    2
    Jeudi 4 Octobre 2012 à 23:38

    Oui, mais j'insiste : toujours sous forme de spectacle.

    En direct, il est vrai autrefois. Ce que nous a apporté la technique c'est la possibilité du "différé".

    C'est déjà pas mal : exemple ou ça ou encore ceci ! Etc.

     

     

     

    3
    Vendredi 5 Octobre 2012 à 19:42

    je suis évidemment d'accord avec toi!! Rien ne vaut le" live". Je me suis fait mal voir car quand je travaillais à la F..c j'avais un rayon entier consacré auxopéras en live.Car pour moi rien ne vaut le spectacle même en audio! Je me fiche royalement des éternuements, des raclements, des bruits de pas sur scene!! Au contraire, j'ai le sentiment d'être dans la salle. Les cds ont envahi les rayons avec leur son bien leché, bien qualibré, résultat on forme une oreille à n'entendre que du "blanc" .Je ne sais pas si tu me comprends.Blanc dans le sens où rien ne vient déranger le son.Pfff!! Moi, je veux vibrer avec la salle , je veux ressentir l'émotion des gens qui crient, applaudissent, sifflent même, pourquoi pas?

    Alors oui vive les concerts!! Mais je reconnais aussi que les cds ou les videos ont ça de bon qu'ils permettent à certaines personnes de pouvoir voir des artistes décédés, ainsi que le dit Esclarmonde, mais aussi de pouvoir accéder au spectacle ou à la musique, faute de moyens pour s'offrir des places .Il faut bien admettre que c'est fort cher et pas à la portée de tout le monde.Mais c'est un autre débat. 

    PS: Mes supérieurs ont gagné...le rayon "live" a disparu, la maison d'édition qui les avait au catalogue interdite de séjour...

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