• Paris 2

    Ce que j’aime à Paris, c’est marcher. C’est vrai de toutes les villes, mais plus encore de Paris. Découvrir une ville, la connaître, c’est la parcourir, s’y perdre et s’y retrouver. L’arpenter. C’est la faute à mon Grand-père, m’avait raconté : « Je prenais un bus, n’importe lequel, j’allais jusqu’a son terminus et je rentrais à pied. » J’ai imité. Ça marche. Tu prends le bus, ou le métro peu importe, et tu vas loin, là où tu connais pas. Et tu reviens. Par précaution, tu as le plan de Paris dans ta poche, mais le but du jeu c’est de jamais le regarder et de rentrer quand même. Et faut vraiment pas être doué pour ne pas y arriver.

    Me suis vu, une fois, me bousiller le pied dès le premier jour : une méchante plaque d’égout mal jointive qui m’avait retourné l’ongle d’un gros orteil. J’ai persévéré à coup de sparadrap et de dents serrées. Des jours et des kilomètres.

    J’ai testé d’autres modes et certains sont excellents : surtout le bus, aux heures creuses. Tu montes à un arrêt, peu importe lequel, et tu suis la ligne. Là, tu es en hauteur et tu vois autrement et autre chose. Rendu au bout, tu descends et tu en reprends un autre, de préférence une autre ligne, jusqu’à revenir. Qui plus est, parfois, dans un bus tu rencontres des gens. J’ai, peut-être dit ailleurs que je trouvais les Romains adorables et les Parisiens pénibles, mais c’est là exagération inutile : j’ai croisé quelques Romains revêches et beaucoup de Parisiens prévenants. Un jour, dans un bus, avec je ne sais qui, mais elle et moi semblions certainement très province, une dame, vieille dame, nous a dit : « Là, regardez, le café Procope … Voltaire … XVIIIème … etc. ». Fière qu’elle était. Fière de sa ville. Fière de la raconter à deux jeunes nigauds. M’est d’ailleurs arrivé la même chose à Rome beaucoup plus tard : là encore une vieille dame me disant, me confirmant la Bocca della Verita. Tout aussi fière, pareil, comme un flash-back.

    Dans les Parisiens prévenants, il y a une race à part : les garçons de café. C’est à peine croyable. La première fois que je suis allé à Paris seul, je logeais à la Cité U dans la maison de l’Iran. Le matin, me suffisait de traverser le boulevard Jourdan pour aller prendre mon petit déj’ dans un troquet. Le premier jour, j’ai demandé « Un thé nature et deux croissants ». Le second pareil. Le troisième, le garçon s’est approché et m’a dit « Un thé nature et deux croissants ? ». M’avait reconnu, j’étais normal, j’étais du coin. Bien des années plus tard, au moins trente ans, me promenant ainsi dans Paris près des Invalides, j’eus comme un coup de barre et fus tenté par une part de tarte aux pommes en vitrine d’un café. J’entrais. Je commandais un grand café et ladite part et, tout de suite, la conversation s’engagea, comme ça sans motif, le garçon et moi nous rîmes ensemble de choses et d’autres et en particulier des touristes dont il faut s’attendre à n’importe quoi. Oh, il devait bien y avoir une part de moquerie à mon égard, après tout qu’étais-je d’autre ce jour-là qu’un touriste, mais c’était dit avec tant de gentillesse et d’affection qu’il aurait fallu que je sois bien sot pour m’en offusquer. C’est ainsi, je me suis arrêté au court des années dans d’innombrables troquets parisiens, grands et petits, et à chaque fois j’ai croisé cette même connivence immédiate entre le serveur et le client. Tiens je me souviens d’un sandwich aux rillettes près du musée d’Orsay il y a quelques années. J’aime Paris.

    Mais je répète : marcher, arpenter. Des heures durant. Se promener le nez au vent, sans but et tomber, par le plus grand des hasard, sur la maison de Balzac. Intense. Se lancer le défi de faire les grands boulevards extérieurs, Mac Donald tout ça, ce n’est pas ce que Paris a de plus beau, mais le faire quand même. Se perdre dans le Marais et tomber, la première fois par mégarde, Place des Vosges. La première fois ! Parce que les suivantes, tu la vises. Les Blancs-Manteaux. La rue Vieille du Temple. L’Hôtel de Ville. Le Louvre. les Tuileries. On revient. La Cité. La montagne Sainte Geneviève. Passer des heures au Luxembourg, y manger une omelette, tiens encore un garçon de café. Boulevard Raspail. Dépenser des mille et des cents dans une librairie, plus que ton budget ne te le permets. Redescendre, les quais, les bouquinistes – si, il en reste. Voir le cul de Notre Dame depuis le Quai de La Tournelle, c’est là qu’elle est la plus belle. Tout ça à pied, ou alors c’est pas la peine.

    Tiens, Quai de La Tournelle, enfin presque Quai de Montebello, une nuit, sur la terrasse d’un restau après le repas sirotant et fumant avec un pote. Tout d’un coup une vision. J’ai cru à une apparition : les arbres dénudés, on était en Février, dont tout d’un coup les branches s’illuminent d’un blanc éblouissant et au-delà Notre-Dame. Mirage. C’était un bateau-mouche qui passait par là et qui, à l’usage des touristes,  éclairait le paysage.

    Les bateaux-mouches. Si tu l’as pas fait, fais le au moins une fois. À la rigueur, coupe le son, et regarde. Des deux côtés. Et en-dessous des ponts.

    Un jour, j’ai emmené ma fille et sa cousine à Paris. Cette fois-là, on était en voiture. Ma fille connaissait, on avait déjà arpenté, mais pour ma nièce c’était la première fois : on l’a saoulée ! Tiens regarde, là c’est la Bibliothèque Nationale, là c’est l’Arc du Carrousel, de l’autre côté le Louvre, regarde c’est l’Institut enfin l’Académie quoi, le Pont-Neuf, Henri IV, etc. Saoule. On a fait bien sûr la Tour Eiffel, malgré son vertige et le mien, Beaubourg, les Halles et tout ça. Mais un jour, on a fait, dans cet ordre, Montmartre, enfin le Sacré-Cœur, puis Barbès Rochechouart et son souk, un coup de métro et Place des Vosges. T’imagines le contraste ? Tu passes, en quelques courtes minutes, de la cohue bruyante, joyeuse  et bariolée à un calme et un silence où les pigeons viennent te manger dans la main et où on croit voir encore les enfants d’autrefois jouer au cerceau.

    Ça c’est Paris.


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  • Commentaires

    1
    Julie Pietri Profil de Julie Pietri
    Jeudi 30 Mai 2013 à 14:34
    Je dois pas être douée… je faisais ça quand j'étais jeune… un jour, quand j'habitais New-York City, j'ai pris un bus, comme ça, au pif, pour voir…. Me suis retrouvée dans le bronx. En 10 mn ttc, à poil, sans mes bottes et sans culotte. J'ai trouvé que finalement, c'était une idée à la con. Depuis je reste chez moi et je consulte le monde sur internet. Tiens ??? Tu connais le procope ? Y es tu allé ? Sais tu que peu de gens, y compris à Paris, connaissent son nom?
    2
    Jeudi 30 Mai 2013 à 15:02

    Oui je connais(sais) le Procope et, quand la vieille dame m'en a parlé, je savais de quoi il s'agissait. (J'avions fait des études, moi, Madame).
    Mais non, je n'y suis jamais entré : la vie est trop courte, j'y peux rien, peux pas tout faire.

    Bon, comparer le Bronx avec Paris intramuros, est-ce bien raisonnable ?
    Et puis ça dépend : c'était à quelle époque ?

     

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    3
    Julie Pietri Profil de Julie Pietri
    Jeudi 30 Mai 2013 à 15:16

    Fi donc ! je ne compare pas la poire et le fromage voyons ! Je reste sur l'idée de découverte et d'ouverture à l'aventure, c'est bien le sujet je crois?

    C'était dans les eighties...

    Y'as longtemps quoi ...

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