• Pavane.

    Cela ressemble à une mélodie. Douce et rythmée. Le fils du Roi la fredonnait souvent. Le Roi, quand il passait devant la porte de la salle de jeu, s’arrêtait, écoutait, entrebâillait la porte pour mieux entendre et nous voir. Il souriait, croyant n’être pas vu. Moi, accompagnant au piano, la guitare et la voix de son fils, je le voyais dans la glace qui souriait. J’étais heureux. Il est des mélodies que l’on a souvent entendues, jeunes.

    Cela ressemble à un sanglot. Doux et pur. La fille de la Reine sanglotait souvent. La Reine quand elle passait devant la porte de la chambre, s’arrêtait, écoutait, entrebâillait la porte pour mieux entendre et nous voir. Elle souriait tristement, croyant , n’être pas vue. Moi, apaisant dans mes bras les larmes et les sanglots de sa fille, je la voyais dans la psyché qui souriait. J’étais triste. Il est des sanglots dont on regrette l’absence, plus tard.

    Cela c’est ce qui vibre dans ma tête. Ce paysage derrière la fenêtre. Mes yeux n’en laissent passer que des touches imprécises. Mon cerveau fait peser sa lassitude sur eux et les trouble. Cela est vide ; je suis amer. Il est des vides qui vrillent l’intérieur, en l’instant.

    J’ai là devant moi un piano. Et, sur le mur blanc, l’ombre des barreaux est une portée dont mes larmes sont les notes. Mais chaque note, chaque séquence de notes, chaque rythme me rappelle le passé. Mais chaque larme, chaque sanglot me rappelle le passé.

    Alors le passé se fait plus vieux. Ce que je joue, ma mère me le chantait en me berçant. Une vieille berceuse de sa lointaine planète. Ma mère ? c’est le seul souvenir que j’en aie, et c’est la première fois qu’il me vient. Comme ils furent heureux, elle et mon père, quand ils arrivèrent sur la planète du Roi et de la Reine. Ils venaient apporter la joie, et elle était déjà là. Mais ils ne supportèrent pas leur nouveau climat et moururent bientôt. Alors le Roi me dit : « Tu es mon fils » et j’avais trois ans.

    Tous ces souvenirs m’ont fait du bien. Je n’ai plus la moindre note à jouer. Calme, j’attends la suite de mon destin. Tout à l’heure je serai jugé avec le fils et la fille du Roi. Lui et la Reine, eux, ont été tués lors de l’invasion. J’attends.

    o o o o o

    Celui qui nous jugeait a feint de déplorer la mort de nos parents. Ils ignorent apparemment que je ne suis que fils adoptif. Il a parlé d’entêtement obstiné, de résistance stupide autant qu’inutile. Puis de la bienveillance et de la clémence légendaire de son peuple. « En conséquence, dans notre mansuétude, nous ne vous condamnons qu’à l’exil dans une des nombreuses îles de votre merveilleuse planète ; mais la famille royale doit me jurer qu’aucun de ses membres n’en sortira, sinon ce sera la mort pour vous tous. » Et sa voix s’était faite de plus en plus sèche et forte.

    o o o o o

    La famille royale a juré. Nous sommes tous dans notre île. Tristes.

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Mars 2014 à 09:01

    J'aime beaucoup cette musique...ça, c'est de mon âge !

    2
    Vendredi 4 Avril 2014 à 01:59

    @ Magitte

    De votre âge ?

    Quand Gabriel Fauré est mort vous aviez deux ans !
    Et cette Pavane fut écrite 35 ans avant votre naissance.

    Ne vous faites pas plus vieille que vous n'êtes.

    Ce qui ne change rien au talent de ce compositeur bien évidemment.

    Tiens, un jour, il faudra que je mette quelques moments de son Requiem par exemple.

     

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