• Une détestable semaine.

    Je commence à rédiger ce billet le Jeudi 30 Janvier 2014 et je redoute les jours à venir. Pure superstition en fait, mais ça a tellement mal débuté que j’ai peur.

    Ça a commencé ce Dimanche 26 au matin, vers la fin de mon petit déjeuner, un coup de fil. Quand j’ai vu sur l’écran de mon récepteur le prénom de mon ex s’afficher, j’ai tout de suite compris : on s’y attendait depuis quelques jours.
    Une vieille amie, Christiane, était morte dans la nuit.
    Quand je dis vieille, je ne parle pas de son âge un peu plus élevé que le mien, mais de la durée de cette amitié : près de 40 ans.
    Je viens à l’instant de supprimer son adresse de la liste des abonnés à ma Lettre d’Info : acte pénible et douloureux. D’ailleurs il m’aura fallu 5 jours pour l’accomplir. L’ironie est que ça ne changera pas grand-chose : elle ne lisait quasiment jamais mon blog. Internet c’était pas son truc, on en a discuté plusieurs fois au téléphone (on ne se voyait plus guère pour cause de géographie), elle ne comprenait pas qu’on puisse nouer de réelles relations par ce média. Elle avait tort, mais ce n’est pas grave.
    Notre relation à elle et moi était en effet d’un autre ordre. Je ne vous donnerai pas les détails intimes mais je pourrais caractériser la chose par ceci : de très longues soirées passées à papoter, à « refaire le monde » comme dit ma mère, autour d’une bouteille de whisky. Et on se couchait il était, quoi ? 3 ou 4 heures du matin.
    Et bien sûr tous ces chouettes moments passés ensembles et avec le reste de la bande. Tiens oui cette bande : sont presque tous morts maintenant. Son mari, la première femme de son mari (elle aussi grande amie), le mari d’une autre, etc. Ça fait beaucoup. Beaucoup trop.

    Le Lundi, il ne s’est rien passé de tel, j’ai juste envoyée une lettre aux filles de Christiane. Ça a fait partie du « travail de deuil » comme on dit sottement de nos jours. Le problème c’est qu’un deuil ça s’entame, mais ça ne s’achève jamais, au plus ça s’estompe, mais, 40 ans après, je pleure encore la mort d’un grand-père.

    Le Mardi 28, j’apprenais par la presse la mort de Pete Seeger. Soyons francs, cette mort me touche moins. Il avait 94 ans et ce n’était après tout qu’un des nombreux artistes que j’ai aimé. Il n’empêche, lui aussi faisait partie de mon horizon mental et ça commençait à faire nombre et rapproché. J’ai pas apprécié.

    Mercredi rien de tel, mais ce Jeudi matin, en faisant mon petit tour de presse sur Internet je tombe sur ça :

    Cavanna est mort !

    Cavanna est mort ?
    Merde alors.

    Je ne peux même pas dire que ce soit une surprise : c’est une nouvelle que je redoute depuis plusieurs semaines, sans trop savoir pourquoi. Par contre, je sais pourquoi c’est sans doute la pire des trois, même si Cavanna avait 90 ans passés, presque 91.
    Je vais me citer moi-même. Il y a trois semaines de ça, j’ai écrit sur un blog privé la phrase suivante :
    « Cavanna a un an de moins que mon vrai père, mais mon vrai père c'est Cavanna ! »
    Bien sûr, c’est caricatural et exagéré, mais ça vous dit ce que je ressens, ressentais, pour ce bonhomme. Je vous en avais déjà parlé ici.
    Je ne serais pas moi, je serais un autre si je n’avais pas lu Cavanna pendant des années, alors vous imaginez quel trou, quel abime, j’éprouve dans mon moi : un de mes modèles a disparu, une de mes références n’est plus que cela : une référence, je n’apprendrai plus rien de lui, sa voix va me manquer, je me sens orphelin.

    Je sais bien que ce début de semaine ne s’est pas limité à ça. J’y ai aussi vécu des moments heureux. Tiens par exemple cette longue soirée (environ 4 heures) passée avec une amie au téléphone, une de ces amies qui ne pouvait pas exister d’après Christiane : c’est par internet que je l’ai connue.
    Mais ces trois deuils éclipsent le reste, surtout le premier et le troisième et, surtout, leur succession rapprochée.

    J’ai déjà évoqué la chose plusieurs fois malgré certains sourires narquois, mais je n’y peux rien : je sens mon paysage se transformer en désert.
    Comme si mon passé, mon vécu était une de ses filles qui se produisent dans certains cabarets. Elles dansent et se dénudent peu à peu.
    Un effeuillage, on appelle ça.

    Ma vie est une effeuilleuse.

     

     

    Une détestable semaine.

     

     

     mais vous pouvez aussi aller voir ici.

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Dimanche 2 Février 2014 à 10:11

    Pete Seeger,un grand vide et un immense héritage....Une semaine pesante,en effet!Bon dimanche et à bientôt,Jean-Pierre

    2
    Vendredi 7 Février 2014 à 14:44
    pyrausta1

    "Little boxes" qui en est l'auteur? Pete Seeger ou Graeme Allwright?

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